Objectif : Finale nationale !

Philippe Grossemy, ancien Délégué académique aux enseignements techniques de l’académie de Caen et conseiller du recteur, est aujourd’hui chargé de mission du suivi des Olympiades des métiers auprès du Recteur de la région académique de Normandie.

Marc Barbier, Directeur Délégué aux Formations Professionnelles et Technologiques du Lycée Paul Cornu de Lisieux est le chef d’atelier pour le métier du tournage.

Quel est votre rôle en tant que chargé de mission du suivi des Olympiades des métiers ?

Philippe Grossemy : je dois assurer le suivi des Olympiades des Métiers pour les deux académies de Caen et Rouen. Il était important pour le Recteur de soutenir auprès du Président de région la candidature de la Normandie pour l’organisation des 45ème Olympiades des Métiers à Caen. Les établissements de l’Education Nationale sont engagés et mobilisés autour des Olympiades des Métiers. Ainsi, sur plus de 700 inscrits aux sélections régionales, 30% de candidats sont en formation dans des établissements de l’éducation nationale, publics et privés sous contrat, principalement sous statut scolaire. Les autres candidats sont apprentis, stagiaires ou salariés. Mon rôle est aussi de participer à la coordination assurée par la région avec les autres partenaires pour l’organisation des sélections nationales.

Quel est le rôle d’un chef d’atelier ?

Marc Barbier : pour les finales nationales qui auront lieu à Caen, je travaille avec un expert national pour l’organisation à la fois logistique et matérielle du pôle tournage, pour l’implantation des machines, de l’outillage, de l’infrastructure et autres détails techniques afin que l’épreuve se déroule le mieux possible.

Pourquoi avez-vous décidé de participer à ce concours ?

M. B. : avec deux enseignants du Lycée Paul Cornu, nous participions aux Olympiades depuis dix ans. Nous nous sommes impliqués dans l’accompagnement des sélections nationales pour mettre en avant des métiers méconnus, montrer qu’on peut atteindre l’excellence même avec des parcours scolaires parfois difficiles. Ces enseignants très motivés donnent de leur temps pour préparer et accompagner les lauréats normands, même s’ils sont extérieurs à notre établissement scolaire.

Qui s’occupe de l’organisation des Olympiades ?

P. G. : les organisateurs sont Worldskills France et la Région Normandie qui accueille les sélections nationales. Les finales nationales se dérouleront du 28 novembre au 1er décembre au Parc des Expositions de Caen. Elles réuniront 57 métiers en compétition. Au-delà d’un comité de pilotage politique, la gouvernance régionale s’appuie sur un comité stratégique de partenariat avec 7 pôles métiers et une équipe projet organisée en 12 commissions de travail. Pour exemple, une commission s’occupe de recruter 700 bénévoles et volontaires sollicités sur des missions particulières.

Comment se déroule l’organisation pédagogique des finales nationales ?

P. G. : les Olympiades des métiers constituent un levier sur le plan pédagogique qui permet notamment aux jeunes de découvrir les métiers et les formations du niveau CAP au niveau Ingénieur. La question posée est : comment les élèves peuvent-ils profiter de la finale nationale, notamment les élèves de collèges ? Il y a principalement le Parcours Avenir de la classe de 6ème à la classe de Terminale permettant à chaque élève de construire progressivement son orientation et de découvrir le monde économique et professionnel. Ainsi lors des sélections régionales, le parc des expositions a accueilli environ 1200 élèves de 4ème de 13 collèges répartis sur les 5 départements de la région académique de Normandie qui participaient à une expérimentation pédagogique liée aux Olympiades des métiers. Certains outils, comme l’application mobile mise en place par la Région, ont été testés durant les sélections régionales le 6 avril. La Région avait aussi mis en place un réseau d’ambassadeurs, constitué d’anciens médaillés de France (Bordeaux 2017), pour parrainer les collèges en témoignant de leur parcours auprès des élèves. Par ailleurs des parcours de découverte des métiers ont été préparés avec des audioguides pour que les élèves profitent mieux de la visite dans les allées des sélections régionales. Un retour d’expériences est attendu. Il permettra d’adapter la préparation pédagogique de la visite aux sélections nationales pour les élèves de 3è de la région académique qui seront invités. L’accent est aussi mis sur l’ouverture internationale avec des comparaisons interculturelles entre les métiers et formations d’autres pays.

Quels sont les critères pour se présenter aux Olympiades (âge, qualifications ou des expériences spécifiques …) ? Faut-il des compétences particulières ?

P. G. : il faut avoir moins de 23 ans, et moins de 25 ans pour certains métiers spécifiques. Les Olympiades des métiers sont aussi ouvertes aux jeunes en situation de handicap. Il n’y a aucune condition de diplôme pour participer mais il faut avoir de bonnes compétences professionnelles.

Y-a-t’il des entretiens spécifiques pour se présenter ?

M. B. : il y a des démarches au sein de chaque établissement pour repérer les candidats et déceler chez eux une réelle capacité. J’ai sollicité d’autres centres de formation pour qu’ils sélectionnent des candidats potentiels pour participer aux sélections régionales. Un candidat doit avoir des compétences et un certain sang froid pour affronter les épreuves car il y a beaucoup de pression. On peut repérer des fragilités que le coach va travailler. Cela représente un engagement fort chez car les candidats qui s’engagent au-delà des sélections régionales.

P. G. : les inscriptions se font de manière individuelle sur une plateforme régionale mais c’est mieux d’être soutenu par des équipes pédagogiques et d’avoir un entretien avec les professeurs et formateurs avant de s’inscrire. Dans certains métiers, des présélections sont organisées parce qu’il y a beaucoup de candidats. Par exemple, en Fraisage et Tournage, seulement trois candidats sont retenus dans chaque discipline pour les sélections régionales.

La participation aux sélections est-elle gratuite ? Les candidats doivent-ils avoir un sponsor ?

P. G. : les candidats sont complètement pris en charge par la Région. Des partenaires nationaux ou régionaux apportent leur soutien sous forme de prêt, de don de matériels, de sponsoring, de mécénat ou de versement de taxe d’apprentissage sachant que la Région contribue à la plus grande partie du budget. Pour exemple s’agissant des métiers de l’automobile, Renault fait un don de voitures, de moteurs et de boîtes de vitesse qui seront répartis après la finale nationale dans différents établissements de formation qui forment aux métiers de l’automobile.

Qui finance la préparation, le voyage et l’hébergement des participants ?

P. G. : chaque région prend en charge son équipe, y compris pour l’accompagnement intermédiaire. Uniquement les médaillés d’or vont aux finales nationales. Ils vont être coachés jusqu’à la finale nationale pour des entraînements au métier mais ils auront aussi un accompagnement sportif et une préparation mentale au cours de plusieurs regroupements collectifs.

Ont-ils des temps supplémentaires pour s’entrainer ? Comment s’organise leurs scolarités avec les entrainements ?

M. B. : il faut un entrainement spécifique pour un objectif précis. Par exemple en tournage, un vendredi sur deux, on extrait l’apprenti de son centre de formation ou de son entreprise pour qu’il puisse suivre une préparation spécifique en vue de ces finales. On le fait travailler sur le plateau technique de notre établissement. Il y a des partenariats avec des entreprises pour avoir des prêts de machines et de matières premières. Pour les sélections nationales, nous fournissons tout le matériel aux candidats tandis qu’au niveau international, le candidat vient avec sa propre boîte à outils.

P. G. : il s’agit de compétences professionnelles déjà développées dans la formation des élèves mais il faut souvent aller beaucoup plus loin que le référentiel de formation pour se préparer à cette compétition. Un candidat est le plus souvent obligé de travailler en dehors de ses cours.

Qu’est-ce que cela apporte aux élèves de participer aux Olympiades ? Quelle est leur principale motivation ?

M. B. : c‘est la valorisation de leur métier et des lignes sur un CV. Lupin, médaillé d’excellence et 4è au niveau Mondial en 2017, a souhaité quitter l’entreprise pour se préparer pendant deux mois à la finale internationale. Il n’a eu aucun souci à retrouver du travail en revenant d’Abou Dhabi.